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SKETCH CHERCHANT UNE  INTERPRÈTE
 
 
 
 
ÇA VA !
 
 
 
 
« Tu me dis que tu m'aimes
Et que tu n'as cessé
Malgré nos années blêmes,
De m'aduler, René !
 
 
Qu'avec le temps qui fuit,
Les décennies qui passent,
Ton amour embellit
Comme la tour d'Aras !
 
 
Que si la fin venait
Pour moi et avant toi,
Tu te truciderais
En te jetant du toit !
 
 
Et que si le contraire
Tentait à se produire,
Mes années solitaires
Te seraient encore pires !
 
 
Mais moi, j'en doute un peu
Car depuis la Saint-Jean,
J'espionne et comprends mieux
Ton vieil emploi du temps !
 
 
Mais oui, je n'y crois guère !
Quand tu dis : « au docteur
Je vais car j'ai de l'air »;
Je te vois au coiffeur !
 
 
Oh non, je n'y crois plus
À tes vents opportuns;
Tu expires : « J'en peux plus ! »
Mais tu es dans le foin !
 
 
Ah ça, je n'y crois pas
À tes calembredaines;
Tu soupires : « J'y vois pas ! »
Et tu cours à la gaine !
 
 
Quand tu chantes : « Je pars !
Te chercher du vrai lard
Dans le vent et le froid ! »,
Tu demandes : « Ça va ? ».
 
 
Quand tu siffles : « Je sors !
Te cueillir du raifort
Au beau milieu des bois ! »,
Tu questionnes : « Ça va ? ».
 
 
Quand tu cries : « Au café !
Je ne me rends jamais
Car je pense qu'à toi ! »,
Tu exploses : « Ça va ? »
 
 
Et lorsqu'au bord du gouffre,
Tu plains comme je souffre
En m'éventant les doigts,
Tu meugles encore : « Ça va ? ».
 
 
He ben non ! Ça va pas !
Tu crois que j'y vois pas ?!
Je le sais où tu vas !
C'est pas à l'opéra !
 
 
Tu bamboches à plus d'heures
Avec des camionneurs
Et tu reviens suintant
De parfums ennivrant !
 
 
Tu vas à la piscine
Avec la Jeannine
Et quand vous ressortez,
On vous mire les abscès !
 
 
Tu files à mobylette
Sur l'autoroute A7
En trainant la carriole
Où s'entasse Nicole !
 
 
Et quand tu t'en retournes
De Limoges ou Libourne !
Pas encore rassasié,
Tu passes par Béziers !
 
 
Sans arrêt, tu t'inquiètes :
« Ça va ? Ça va ? Ça va ? ».
He ben oui, ça ira !
Ça va ! Ça va ! Ça va !
 
 
Ça va !
 
 
Et emporte le chat
À qui manque une patte
Comme à moi manque un bras !
 
 
 
Ça va !
 
 
En oubliant ta mère
Qui penche du côté
Où vont les cimetières !
 
 
Ça va !
 
 
Pars rejoindre Ginette !
Avec mon Livret A,
Éblouis tes conquêtes !
 
 
Ça va !
 
 
Pense aussi aux deux poules
Que le coq aime bien;
Comme toi, il roucoule !
 
 
Ça va !
 
 
N'omets pas la pendule
Donnée par la Mairie,
Dans notre vestibule !
 
 
Oui ! Tu le sais !
Celle qui sonne tous les quart d'heure même la nuit et où le maire miniature sort du cadran en tutu pour chanter les arrêtés municipaux !
La collector !
Tu te levais tout le temps pour la regarder !
Là !
 
 
Ça va !
 
 
Abandonne la ville
Où tu es né, René
Et va-t-en vers Dauville !
 
 
Ça va !
 
 
Laisse-moi cesser d'être,
Toute seule à Saint-Flour
Avec mon tensiomètre !
 
 
Ça va !
 
 
Déguste des blanquettes
Aux terrasses à Limoux
Alors que je m'inquiète !
 
 
Ça va !
 
 
Puis à Montélimard,
Casse-toi le dentier
Pendant que j'en ai marre !
 
 
Ça va !
 
 
Rebloque-toi les reins
Au dancing de Tours
En tapant dans les mains !
 
 
Ça va !
 
 
Tout là-bas en Andorre,
Faites des siestes horribles
Quand, moi, je ne m'endors !
 
 
Parce que je ne m'endors !
Là !
Vieille !
Que je suis !
 
 
Et sur le tour de France
En criant : " Indurin ! ",
Admire comme il s'élance
Pour tomber au ravin !
 
 
Alors, je te préviens,
Je te le dis en face,
René, le comédien !
René, le vieux salace !
 
 
Si tu ne restes en place !
Si tu ne rentres pas !
À la maison d'en face,
Moi, je donne le chat !
 
 
Et puis, à l'abbé Pierre !
J'offre notre pendule
Accrochée à ta mère
Au fond du vestibule !
 
 
J'appelle les pompiers
Pour leur dire que Nicole,
Tu l'as fait se noyer,
Immergeant la carriole !
 
 
À la gendarmerie,
Je crie que la Jeannine,
Tu l'as violée sans bruit
Au fond de la piscine !
 
 
Avec la Ginette,
Je fais croire au banquier
Qu'en buvant mes pépettes,
Elle a chu dans l'évier !
 
 
Et qu'enfin un camion
Rempli d'eau de Cologne
T'as doublé prés de Lyon
Pour te remettre en rogne !
 
 
T'as compris ou t'es sourd !?
Tu veux que je répète !?
Cesse de fuir Saint-Flour !
Abandonne les fêtes !
 
 
Occupe-toi du coq
Et de notre maison !
Je crois que tu débloques
À te croire Delon !
 
 
Car moi, de long en large,
Mes heures sont obèses !
Comme les ciments Lafarge,
Elles s'écoulent et me pèsent !
 
 
Je me déplume, René !
Et les deux poules aussi !
À t'attendre, lassées,
Elles sortent plus du nid !
 
 
Comme elles, je ne ponds plus
Que des soupirs amers !
Comme elles, je n'y crois plus
Et on boit de la bière !
 
 
Mais j'ai fermé la porte
De notre caravane
Et ce soir, je t'exhorte
À reprendre ta canne !
 
 
Ouvre donc la télé;
Rallume tes gitanes;
Ressors les mots croisés
Et sers-moi la tisane ! ».
 
 
 
 
 
© THIERRY LAURIER 2011
( Texte protégé juridiquement par un dépôt )
 
 
 
 
 
 
 
 
Indurin qui s'élance au ravin ...
C'est vrai que c'est crevant le Tour de France ...
Et dangereux dans la descente du Tourmalet !
 
 
 
 
 
 
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