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LE RETOUR D'ARTHUR




La lune pleine éclaire ma nuit.
Elle est un phare à mes soucis.



Cher Ange,


J'ai reconnu le pavillon à la tête de mort par dessus le mur à l'horizon et puisque je chevauchais non loin et que je voudrais tellement t'aider à te sauver malgré toi, je me suis encore une fois arrêté devant ta chambre mais la triste grille lourde et noire, à la serrure obstruée depuis une éternité, en est de nouveau baissée et la porte que j'entrevois derrière, au bois terne, verdâtre, hérissé de miroirs éblouissants et cloutés, me reste fermée à double tour comme pour me rappeler que je ne suis pas le bienvenue dans ce monde résigné par la souffrance du passé, qui n'espère plus rien et dont je sens bien que l'attente inactive et statique, pèse horriblement sur chaque heure de chaque jour dans des semaines à pleurer qui déroulent des mois horribles de vide, des années solitaires et glacées, pendant que la mort toujours possible, parfois hélée à grands pleurs, ne semble pas vouloir venir délivrer ton être de ce terrible sortilège.

Même si tu le souhaitais, ce qui n'est pas le cas,
je ne pourrais frapper cette porte solide avec mon épée magique pour la défoncer car il me faudrait auparavant atteindre la grille devant laquelle tu as laissé un Cerbère tout blanc et d’apparence aimable mais qui, dès que je m'approche et parce qu'il comprend que pour t'aimer, il me faudrait le tuer, se transforme en loup sombre et féroce.

J'ai vu ses yeux quand il te tourne la tête et qu'il me regarde d'un autre regard que tu ne devines pas ; je l'ai enragé d'amour, je le sais, c'est ton âme blessée et je ne peux pas t'assassiner pour te réapprendre à vivre ...

À juste titre, tu ne me le pardonnerais pas mais il faut que tu prennes conscience d'une chose capitale pour l'avenir, le tien, le mien et celui de Cerbère qu'il va bien te falloir dresser un jour ou l'autre : Même si je l'ai envisagé, je ne peux pas repasser par ici durablement, sans cesse, inlassablement, en retournant sur mes pas contre vents et marrées dans une sublime errance romantique et vaine qui s'allierait toutefois avec mon caractère borné et mélancolique car pour moi aussi, le temps déroule inexorablement sa toile autour de ma personne et un jour, il va m'emprisonner avec certitude pour me renvoyer ailleurs, à un autre moment, dans une nouvelle époque déjà partie à l'aventure sur des sphères étendues de fils déroulés à l'envers.

Hors, voilà bientôt quarante huit ans que je suis entré dans ce labyrinthe et voici autant d'années que je tente d'y découvrir à tâtons la belle à secourir du dragon, que je ne la vois pas, que je ne sais pas où elle se trouve, sous quel visage, dans quelle vallée perdue ou voisine, en quel pays, le mien ou les autres, sous le toit d'un château ou d'une pauvre masure, ni avec quelles éventuelles aspirations pour un chevalier empli de spleen, moi, dont l'armure cachée sous le masque d'un quotidien banal à cet instant, ne parvient plus à laisser passer aucun sourire tant il a souffert.

Pourtant, j'ai de belles ambitions, d'immenses projets, je veux marcher vers de grands portiques.

C'est pourquoi je songe à ceci ...
je n'ai peut-être pas le droit de ruiner maintenant les quelques décennies tout au plus qu'il me reste à vivre si le destin l'a prévu ainsi, sinon, je risque d'atteindre la vieillesse sans n'avoir rien fait d'intéressant, rien accompli et surtout sans avoir délivré celle pour laquelle j'ai pénétré ce beau danger mortel que je m'acharne à vaincre.

Es-tu celle-là ? Je ne sais pas.
Je ne le crois plus, probablement.

Tu es peut-être une autre que j'aurais pu aimer et chérir car je suis celui qui veut aimer et être aimé, je suis celui qui ne flanchera pas, je suis le chevalier errant à l'étendard de sa tendre fidélité.

C'est ce que je t'écris sur ce parchemin lancé entre les barreaux de la grille et maintenant planté dans ta porte.

As-tu senti ma dague sur laquelle est accrochée la missive se planter dans l'huisserie ?

As-tu ouïe mon appel qui est peut-être le dernier ? Que fais-tu ? J'ai toqué et tu n'ouvres pas ... 
M'entends-tu ?

C'est ce que je pense en tous les cas.
Sûrement fais-tu semblant de ne plus être ici. Certainement as-tu cessé de marcher en long et en large pour ne pas que je m'obstine à continuer, pour ne pas que je persiste dans ma tentative à te redonner le goût de vivre.
Ton cœur pur s'est accéléré de crainte de me voir entrer en piétinant Cerbère mais ton corps supplicié d'angoisse a cessé tout mouvement, comme pétrifié, incapable que tu es de pouvoir accepter l'idée d'être enfin heureuse, ce que tu refuses inconsciemment en te punissant avec hargne d'un drame dont tu n'es pas la responsable puisque tu l'as seulement observé sans y prendre part il y a si longtemps de cela que même les coupables impunis ne s'en soucient plus et que les juges incapables sont morts. 

Alors, comment faire ?
Pour t'aider ...
Pour que tu ne sois plus dans cet immense malheur inutile qui ne sert désormais qu'à rendre triste ceux qui t'aiment encore
mais pour combien de temps ?
Quoi entreprendre afin de briser le sceau si ancien que plus personne ne semble pouvoir
y avoir accès ?

D'autant que ce que tu m'as raconté, je suis assez persuadé qu'il n'y a que moi désormais qui le sait et comme je te l'ai juré, je garderai le secret.

Oh ... mon dieu ... comme je suis las de tout, de moi dans ce froid lugubre qui inonde ma paillasse lorsque je me couche seul mais surtout des autres, croisés ici.

Tu le sais aussi ; bien des gens ne pensent à rien, ont une réflexion bancale sur les êtres et les choses et sans ne rien connaître des causes ou en portant un seul son de cloches dans leur bouche, tout le monde juge tout le monde.

Je suis fatigué de rencontrer des imbéciles aux idées stupides répandant des rumeurs idiotes.
Je ne supporte pas la médiocrité.
Moi, je n'aime que ce qui est beau
et emporte vers l'idéal.

C'est pourquoi, jusqu'à présent, dans ce grand courage, je me suis sauvegardé.
Pour préserver l'avenir ...

J'ai résisté à la tentation de mettre un terme définitif à ce voyage initiatique insupportable alors que je suis repassé à de très nombreuses reprises sous le crochet que j'avais vu peu de temps après avoir pénétré mon existence.
J'ai une corde blanche dans ma sacoche.
Te rends-tu compte qu'il suffirait que je la tende à ce crochet, que je passe mon cou dans le nœud coulissant pour allez rejoindre un au-delà qui ne m'inquiète pas puisque j'en viens et semble vouloir me ré-attirer à lui comme les sirènes le firent pour Ulysse.

Peut-être faudrait-il que je retrouve
le chemin de l'océan ...
Pour m'aider à moins souffrir ...
la mer ...
c'est une autre éternité.

Mais je ne sais plus par où il faut passer.

Alors, en attendant, je rêve ce que je pense, j'écris, je dessine, je peins, je fais des sortes de sculptures en me souvenant de ce qui n'est plus, j'imagine des chansons à triple sens et j'éparpille tout cela de ci de là en brouillant les cartes aux ignorants, comme les cailloux du Petit Poucet, pour mieux retrouver le chemin du retour si je découvre enfin celle que je cherche dans la quête que je me suis inventé pour de vrai afin de magnifier le quotidien.

Il y a près de quinze ans maintenant, j'ai commencé à inclure ces textes dans ce que nous vivons actuellement par un livre dont j'ai compris petit à petit où il pouvait m'emmener et ce qu'il était vraiment.

C'est moi ! Mon avant, mes tréfonds, mon aventure, le faux qui veut faire et devenir l'histoire de la réalité.

J'ai engagé la rédaction de ce que personne n'a encore mis sur papier auparavant.

La " Divine Comédie ", " Pantagruel ",
" Une saison en enfer ", " Les fleurs du mal ",
" Don Quichotte ", " Alice au pays des merveilles " et " La Guerre des Gaules "
réunis en un seul ouvrage.

C'est mon labyrinthe, c'est mon esprit
car je l'ai deviné,

« le labyrinthe, c'est le cerveau
et ses couloirs en sont les méandres ».

Angélique, je vais te dire où peut mener mon rêve éveillé : vers le piédestal que je suis en train de me construire par l'imagination.

Au fin fond de l'occident, je dors simplement dans le grenier d'un petit hameau sans importance, c'est ce que croient tous ceux et ils sont fort nombreux, qui ne savent pas comment d'autres, dans le passé, sont devenus Monarques.

Mais moi, dès mon enfance et sans ne jamais en parler à qui que ce soit, j'ai abordé ces rives du rêve accessibles à peu d'hommes.

Il y a quelques années dans une Avenue de ce labyrinthe, j'ai vu le portrait d'un vieux général à la tête étrange.

Alors que je passais devant elle, la toile m'a murmuré : « Il y a quelque chose qui mène le Monde ... Regarde ! ».

J'ai tourné la tête et de l'autre côté était accroché un étendard bleu à douze étoiles.
" Connais-toi, toi-même " ...
Je me suis souvenu de qui je suis.

Angélique, je sais où je vais.
Vers ce drapeau, ces États à unifier et cette nation à bâtir comme un château fort d'autrefois.

Depuis mon départ, tel le griffon, je garde un grand trésor. Un trésor antique.

Dans mon exil, je m'étais créé mon
" Cimetière Imaginaire "
où je vivais sous une dalle dans un jardin extraordinaire couvert de Mille et Un pommiers.

J'étais presque mort, en dormition, caché de tous depuis des siècles mais à l'image du Phénix, je vais renaître de ces cendres, de ces Mânes.

Angélique, j'ai trouvé le moyen de revenir d'Avalon, de cet endroit clos, de cette tombe et je prépare mon retour.

Mon au-delà va apparaître aux vivants et entrer dans leurs maisons puisque j'en ai fait de l'art mais pour cela, il faut que je trouve une aide efficace.
Je suis trop isolé, blessé et le temps m'est venu de revoir des compagnons.

C'est pourquoi j'ai demandé assistance aux bretons.

J'attends qu'ils tiennent leur serment sinon le trésor d'Arthur va se perdre avec lui et ils s'évanouiront à tout jamais alors que tout s'écroulera.

Je ne sais pas si la Bretagne où je ne réside plus va venir à mon secours, à quoi ressemblent désormais ceux qui pourraient me faire renaître ni s'ils ont compris le sens de mon message.

Peut-être ne m'espèrent-ils plus ...
Si c'est le cas, je suis perdu ... Et eux avec.

Mais s'ils arrivent enfin et que je rêve toujours en vie, il va me falloir partir d'Aquitaine où je vais devoir te quitter au moins pour quelques temps.

Quoi qu'il en soit, sache-le et ne l'oublies pas, où que je me trouve dans le futur par mon labyrinthe qui a rencontré le tien, nul part encore à l'image d'aujourd'hui ou parvenu sur un trône demain,
si un jour même lointain tu m'appelles de nouveau au secours car tu es en souffrance, je ne t'abandonnerai pas, quelque soit les conditions du moment et le temps écoulé, sans hésiter un seul instant, je te le jure, seul à pied ou avec des chevaliers et sur un destrier, comme dans notre passé que je n'aurai pas renié, pour te sauver du danger, je viendrai ...

Je reviendrai !

Ton fidèle serviteur,


ARTHUR



© THIERRY LAURIER ŠURONIRISME 2015


L'ÎLE AUX MILLE ET UN JOURS
(Rêverie littéraire sans fin )
Extrait ...


Jeudi 5 – Lundi 9 Mars 2015





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