emsirinoruŠuronirisme - Message ou slogan




LIMBES AU TOMBEAU



Il ne faisait pas noir
Dans la fosse éclairée ;
Pour faire briller le soir,
Des bougies s'animaient ;

Vers luisants de la mort
Chuchotant sous la terre
L’âme sans garde-corps
Des mânes qu'ils enserrent.

Et moi, sur mon divan,
J'attendais l'invité
Comme on veut le présent
Dans son néant figé ;

Tous les soirs à sept heures,
Je défaisais l'enfer
Pour lui dire les horreurs
De mon génie amer

Mais en contrepartie,
Il devait me saisir ;
Illuminer l'ennui
Par de beaux souvenirs.

Avec sa face molle
Comme une cale vide,
Il voyageait aux pôles
De ses jours intrépides ;

Tout et bien davantage,
Inventant la presqu'île
Rescapée des naufrages
Sur l'océan fertile

Ou de vieilles romances
Pour de jeunes poètes,
À composer la chance,
À faire tourner les têtes.

Il entra par la porte,
S'assit sur mes genoux, 
Posa deux chattes mortes
Entre mes bras tout mous

 -    « Miaooooouuuuuuuu »
 
Défit son nœud coulant ;
Remit sa mèche à flot ;
Lança un bout de gant
Vers le fond du caveau

Et sans se départir
De ses bottes crottées,
Envisagea le pire
Pour me faire saliver.

À ma longue hébétude,
Il n'eut pas de chagrin ;
J'entendis en prélude :
« Vous avez l'air d'un rien ?!

-    Je ne suis plus tout rose ;
À pas être, on se lasse ;
Si j'ai l'air froid des choses,
C'est que je suis de glace !

-    Couvrez-vous, c'est la poix
Dans cette antre de hase ;
Un trou au fond des bois ;
Vous n'aimez guère l'emphase !

-    Je dormis sans ronflons
Mais je veux être en liesse ;
Qu'importe le flacon
Pourvu qu'on est l'ivresse,

Contez-moi donc un brin
L'If de vos conquêtes
Et avant le matin,
Je réglerai ma dette.

J'ai grand faim de savoir
Ce qu'au Monde on se plaît ;
Gavez-moi, je veux '' VOIR ''
Où vous avez soupé !

-    J'ai dîné chez Rancœur ;
Elle m'avait grand ouvert ;
S'entrechoquaient nos cœurs
Gravés sur des couverts.

Je sentais l'ail aux Jines
Enrobé d'illusions
Que la belle illumine
De ses blanches ambitions

Et le veau d'or en croûte
Caché depuis Noël
Pour que dans leur déroute,
Les vieux mythes la hèlent.

Un sifflement câlin
Coulait par les volets ;
Serpentant, le chagrin
Peinait à bouillonner.

Dans la soupe d'orties
S'engloutissait le rêve
Piquetant de la vie ;
Tourin vert d'une trêve !

-    Était-elle au moins nue ?
Et alors ? Dites-moi !
Que vites-vous de plus ?
Où menaient vos émois ?

-    Les trous dans le néant
Parfois hurlent un mystère.
Des contines d’onguents
Perdus et sans lumière

Passaient par la toiture
Ouverte aux quatre vents ;
Ils chantaient la mixture
Pour soigner les mourants.

Tout montait dans le noir
Sur des carrioles en braille
Car la fin, c'est un char
Aveugle aux funérailles ...

-    Et eux, où allaient-ils
Ces petits Pinocchio ?
Sous quelles eaux, dans quelle ville
S'arrêtait leur fardeau ?

-    Là-bas, chez la gitane
Aux cheveux fricassés,
Avec leurs bonnets d'âne,
Ils suintaient le français

Comme de frais bagnards
Attachés par les cornes,
Ils peignaient des guitares
Sous des préaux énormes !

-    Et les mers ? Et le ciel
Immense pour tomber ?
Et les monts éternels ?
Où sont vos trépassés ?!

-    Ils sombrent avec le reste
Car je n'existe pas ?
J'y ai croisé les pestes …
Elles élevaient des rats !

L'immense est bleu azur
Pour faire croire à l'amour
Et c'est dans un murmure
Qu'on dit je t'aime un jour …

Puis la nuit apparaît.
C'est un signe des cieux …
Ils nous disent : '' Laissez
Toute espérance aux dieux ! ''.

-    Vos dieux ! Mais où sont-ils ?!
Ceux que nous aimons tant
Sont plus cassés qu'un fil
De soie lasse et qui pend !

-    Ils sont là … dans la boue …
Vous divaguez dessus …
Il suffit d'être fou
Pour qu'ils remontent aux nues !

Le fou, c'est un héros
Oublié des mortels ;
Dans les trous des châteaux,
Il espère et il bêle

Un songe de Perrault,
Une histoire bien étrange
Où volent cent crapauds
Déguisés par des anges !

On les voit si on croit
Que TOUT change et revient ;
Ils arrivent à la fois
Pleins de langes et d'ancien.

-    Pourquoi, pour qui et quand ?
-    Cette aiguille à vengeance
Est la justice au temps
Pour celles qui balancent

Avec les pieds fumants
Autrefois sur la France.
Elles ont l'esprit brûlant
Que ces dieux recommencent

Et qu'il meurt l'or en blanc,
Ce bourreau sans pareil
Qui pense qu'un tourment
Vaut plus que le soleil !

-    Attendons, espérons …
Mais ailleurs maintenant,
Repassez-moi le pont
Aux destins flamboyants !

-    J'ai surpris à Kyoto
La Belle au bois dormant
Et sous le Rialto,
Elle me trouva charmant …

-    Quel chemin parcouru
Pour se dire des mots doux.
Sans doute auriez-vous pu
Vous embrasser chez nous.

-    Le loin est toujours mieux
Comme l’inaccessible
À une armée d’aveux
Qu'on voudrait moins pénibles !

Tenez …

Il était une fois
Sur un désert de billes,
Deux moinillons sans joie
Qui rêvassaient aux filles.

Chacun dans un miroir
En bougeant l'immobile,
Leurs reflets laissaient croire
Aux rayons des idylles

Mais rien ne vint jamais ;
Ni amour ni sauveur
Et la dune figée
Mourut noyée de pleurs !

-    Quel serait votre emploi ?
On ne sent pas chez vous
Ni envers ni endroit ;
Que manigancez-vous ?!

-    Je veux sauver le monde
Avec une pierre noire ;
La poser là dans l'ombre
Et l'oublier pour voir.

Mohammed au sang chaud
Sera ma bonne étoile ;
Le Coran au berceau
Lui servira de voile !

J'ai aussi en chaloupe
Abordé les oracles
Et vu Maître Entourloupe
À la cour des miracles !

Il quémandait les cartes
Pour trier le hasard
Avec un œil de carpe
Et des jokers hagards !

Devant lui, mille dés
Dressés prés d'une enclume
Contaient de lourds passés
À un oiseau sans plumes …

Ils disaient : « Dans les cieux,
Sous d'infinis lagons,
Au tréfonds du milieu
Marche un Empire de NON !

Ils arrivent, ils sont là
Ces juges astrologues.
Ne les voyez-vous pas ?
Ils décrètent un prologue :

'' Allez, au lit les morts !
Dormez dans vos linceuls !
Vous n'avez plus de corps
Et vos mânes sont seules !

Mais nous sommes en arrière ;
Une heure après le rien ;
Une histoire qui génère
La venue d'un grand bien

Et ce bonheur grossit
Dans le serment sans fond ;
Le chemin de l'oubli
Sème le blé des noms ! ''.

L'oiseau ne bougeait pas
Avec son torse imberbe ;
Il piqua l'avocat
Et se roula dans l'herbe.

-    Étrange ce pigeon
Qui ne peut s'envoler.
On dirait un menton
Peinant à se lever …

-    Pourquoi êtes-vous morts ?!
-    Ah, voilà vos questions !
J'y réfléchis encore
Et puis je vous réponds …

-    Bien, bien … Sur une barque …
-    On revient dans l'arène …
-    Se trouvait un Monarque …
-    Nous voici à Varennes …

-    Il portait dans la main
L'enfant de son grand-père ;
Un immense chagrin
Semblait le satisfaire.

-    Moi je pars dans le jour
Puisqu'on fait les enchères
Et m'en vais dire bonjour 
À tous les cimetières.

Je prends le champ de vivre
Sur une lande antique
Où ces mots qui m’enivrent
Ont des parfums magiques …

-    J'aimais bien les tulipes
Aux polders hollandais ;
Avec des marguerites,
J'en faisais des bouquets

Pour les offrir ému
Comme une communiante
À la douce ingénue
Toute frêle et troublante.

-    Autrefois, j'ai connu
En fait d'horticulture,
Un domestique en vue
Trop empli de culture.

Le langage des fleurs
Lui montait à la tête ;
Il se croyait penseur
En binant les violettes …

Cultivé, je vous jure,
Cet obscur jardinier ;
Dans cette préfecture,
La baudruche s'enflait …

Imbu de son esprit,
Gonflé de tant d'orgueil,
Il péta à minuit
Au milieu des glaïeuls !

-    La rose belle et rouge
Plane avec les comètes
Dont l'hypogée se fouge
De vers myxomycètes

Sous une croix sans clous,
Éperdue par la chair,
Aux quatre pieds jaloux,
Marchands de somnifères …

-   Savez-vous la nouvelle ?
Un vieux clown est tombé
En faisant la vaisselle
Sur une échelle en biais !

Tout le cirque était là
Pour sa tournée d'adieux ;
Il mourut dans les bras
D'un écuyer anxieux.

-    Si j'étais président
D'un pays enchanté,
Mes décrets seraient blancs
Comme une absurdité.

Je serais dictateur
Gouvernant les abeilles ;
Je nommerais acteurs
Tous ceux qui m'émerveillent !

-    Ma lune montait haut
Pour ne plus redescendre
Malgré son coin de trop,
Elle voulait se défendre

Sur mon lac en faïence,
Dans le zénith blanchi,
Rideau plein d'impatience
D'un opéra fini.

-    Pour faire courir sa jambe,
La rivière en granit
Envahissait la chambre
De ses météorites.

Elle vomissait de rage
Sous la tomette jaune,
Aux cailloux, les nuages
Venaient faire l'aumône.

-    Le navire embrasé
Du tableau des pendus,
À sa corde exaltée
Voyait sans être vu.

Il remontait, macabre,
Du courant des pastels
Où plongeaient, tristes et glabres,
Un million d'hirondelles.

-    Sur l'océan de lattes
Aux marrées indigentes
Se façonnaient les nattes
De sirènes obsédantes

Pour qu'Ulysse en haillons
Au bout de l'Odyssée,
Avare de compagnons,
S'endorme à tout jamais.

–    Maman ! Sommes-nous rien ?!
Y'a ton hiver qui tonne !
Est-ce un mal ou un bien ?
J'ai l'été en automne …

-    Les saisons inversées,
Aux feuilles sans les branches ...
- Orientent mes années
D'une aurore le dimanche.

-    Charles Trenet en train
Compose «  La mer » d'huile,
- Marius, couvreur malin,
Met l'été sous les tuiles.

-    Monsieur, où sont les bas
Que nous volâmes hier ?
-    Nous en fîmes un cabas
Pour transporter vos glaires !

-    À moi les grands honneurs ;
À moi l'immense foire !
- À toi l'ire de ma sœur
Debout dans son tiroir !
 
-    Minuit, il est minuit,
Je marche sur Pluton ...
-    Des martiens endormis
Tirent de gros canons.

-    Ils les jettent aux gravats
Dans une ronde morne ...
 -    Somnambules et soldats
D'une chouette en bicorne !

-    Avec autant d'angoisse,
On peut cuire les placards ...
- Tu es père de la poisse,
Pétrifié pour la gloire.

-    Venez à moi tout nu,
J'offre le paradis ...
- Je suis le Roi déchu
D'un jardin englouti !

-    Nous attendions la glace
En marins musiciens ...
-    Et sifflotions, voraces,
Nos grands airs de requins.

-    Demain sur un sentier,
Îlot de la cascade ...
-    Simplement, des bergers
Guideront l'escapade.

-    Aïe … j'ai mal à ma dent !
-    Laquelle ? - J'en ai qu'une.
Je la garde. En branlant,
Elle me sert de Rune.

-    Philippe de Hauteclocque
Fut Maréchal de Fraaaaaance !
-    René, dit « La breloque »
Ne vit jamais Byzance.

-    Tiens, voilà des boudins
Qui traversent l'étable ...
-    Négociants trois fois oints
Par une chèvre aimable.

-    Madeleine est Ministre ;
Elle fait des hypothèques.
-    Le mammouth est sinistre ;
Il fume des aztèques.

-    Prions pour les girafes
Au bord du précipice ...
-    Je suis dans la crevasse
Et ma femme est à Nice !

-    Adieu les Marion,
Isabelle ou Françoise …
-    La mère de Champollion
Lui pèle une framboise …

-    J'habite chez la mort,
Un hôtelier véreux …
-    Voisin de «  Coup du sort »,
Ami des cul-terreux.

-    Lascive, réveillez-moi 
 La pluie danse le rock …
-    Sur la soie de vos draps,
Chaume d'un loup baroque …

Elle est brune, elle est blonde,
réelle et puis Joconde ...

Je quitte la demeure
Où vous croyez attendre
L'arrivée du bonheur
Dans une impasse tendre.

Les reflets de l'histoire
Filent sous la clairière ;
Soupirail d'armoire,
Herbe extraordinaire !

Vous avez pris ma place
Et je suis en avance
Mais j'userai mes traces
Avec un peu de chance ...

Lorsque je reviendrai,
Jongleur ou ballerine,
Avant de me coucher,
J'ouvrirai la vitrine …

Car ...

Je peux briser les sceaux d'une main scélérate ;
Mon sommeil est toison, la peau de l'Univers ;
Je suis le monstre habile courant dans les Carpates ;
Une fée de poisons pour un crime de fer ...

J'hypnotise les dieux dans ma robe d'or pur ;
Ils admirent mes armes emplies de volonté ;
Je leur crie qu'ils sont vieux assis dans les ordures
Et j'ordonne aux destins de les réinventer !




Été 2013 – Printemps 2015



« L'Île aux Mille et Un Jours »
Chant III - Extrait ...



Copyright Thierry Laurier Šuronirisme 2013 - 2015





emsirinoruŠuronirisme