emsirinoruŠuronirisme - Message ou slogan


         Je dédie cette histoire à Mlle Zahia Dehar


UN CHAMEAU CLAIRVOYANT

Conte prémonitoire et narcissique
en forme d'introspection


Mon cœur balance avec mes transes ;
Ce fut Byzance ou bien en France.
Priant le changement, il me souvint de l'Orient
Et le rouvrant pour le mêler à l'Occident,
S'illumina devant moi, un destin flamboyant …



« Je suis Bachour.

L'homme en quête d'amour.

À mon commencement,

Au tout début naissant,

La lune était molle

Et mon chameau avait du bol !

Lui et moi, sans tracas,

Nous traversions les oasis en joie,

Il me chantait des romances berbères

Et je saupoudrais nos affaires de mystère,

Simplement,

Goulûment,

Pour magnifier nos blairs en forme ;

Surtout le sien qui était énorme.

On ne voyait personne que nous deux ;

Pas de femmes,

Pas d'enfants,

Pas d'autres êtres humains que moi,

Pas d'autres oiseaux que lui,

Pas de sable,

Pas d'instable,

Pas de ciel,

Pas de miel,

Pas de Terre

Et pas de guerres !

Quand au reste,

Ce n'était encore qu'un avenir lointain,

Une pierre sur les chemins,

Un creux dans ma main,

Un brin de paille dans une botte de foin.

Puis !

De science ...

Mon chameau et moi,

Comme ça,

Un jour à part,

Mutuellement l'un pour l'autre au placard,

Nous fîmes un trou pour nous enterrer

Et la mer ...

Qui n'existait pas avant sauf à rêver !

Se mit subitement à monter de toute part

Avec des choses dans ses tiroirs.

D’où ?

Personne ne le saura jamais.

Pas plus que le pain ne conçoit le blé.

Pas moins que le sel est salé.

Pas davantage qu'une tomate puisse penser.

Mais ...

Hé hé !

Heureusement,

Subrepticement,

Avec un air d'occasion

Qui en disait long

Sur ses Mille et Une intentions,

" Babillon ",

C'était son nom de chameau,

Un nom fort beau,

Babillon, rose,

Pour se cacher du quelque chose

Alors que nous n'avions rien fait

De beau ou bien de laid,

Commença à tourner en lui-même,

Posé sur son fessier tout blême

Et cet acte fou

Creusa un trou !

Un trou dans le trou

Puisqu'on était déjà au trou.

Un autre trou.

Encore un trou.

Un trou pour nous,

Un trou tralalaïtou,

Un trou sans fond,

Un trou pour de bon,

Un trou profond comme la pensée de Babillon.

Il referma le trou de ses grandes dents et me dit :

« Hou la ! C'est cuit ! Y'en a pour très longtemps !
Nous allons être dans le néant pendant cent ans
Et avant que le monde arrive à grandes enjambées
Comme attiré par toé et moé,
Il va se passer des années et des années
Mais en attendant, pour lui échapper,
Restons cachés,
Passons le temps,
Figeons le vent,
Mauvais ou non,
Sans bruit ni non,
Courage, fuyons !

- Et comment ? demandai-je, méfiant.

- En babillant ... c'est tout.
Nous pouvons inventer des récits à dormir debout
Pour rester éveillé, couchés.

- Mais voici bien des jours que je le fais déjà
dans ma tête d'alouette.

- Continuons et je te plumerai tes mots perdus pour qu'ils te soient tout nus.
Les phrases seront légions.
Je serai centurion et par l'oubli ou sur les phares,
Tu paraîtras César !

- Quelle histoire ! Mais pourquoi pas ?!

- Maintenant, là-bas, sans joie,
Prenons l'air abattu d'une corde à pendu.

- Allez, c'est entendu, on va faire comme çà.
Je suis la petite souris et ils sont de gros chats.
Claquemuré au trou,
Je nargue les matous.
Que pourrai-je inventer
De moche ou bien de gai ?
De vrai ou de fantasmes
Pour sublimer ce cataplasme ?
Avec quel décor ?
Dans quel port ?
Bon ... bon ... alors …
Disons ... voir ...
Et même ...
Voyons voir ...

- Pléonasme !

- Quoi ?

- Voyons voir est un pléonasme !

- Ah ben oui, tiens ... pléonasme.
Voilà, j'ai trouvé.
Écoute, je commence
Pour oublier la chance :
Il était une fois un pléonasme sans manteau
Qui cherchait Monsieur de Lapalice
Pour lui parler de Saint-Martin !

- Et alors ?

- Il est mort de froid sur le champ de bataille
En murmurant une chanson !

- Et puis ?

- C'est fini.

- Ah bon ... Elle n'est pas longue ton histoire.

- Les plus courtes sont les meilleurs
Et d'ailleurs,
J'ai déjà envie de faire quatre heures
Dans cette commode pas facile
Aux tiroirs des Sibylles
Emplies de récits pour nourrir la peur.

- Et pour goûter, y'a une autre histoire en fonte ?

- Oui.
Tu verras peut-être le conte au fond de ce conte,
D'un comte comptant ses contes
Dans un grimoire noir qui fais des bises,
Caché sous une armoire grise,
Pour que sa Maîtresse,
La duchesse Aladine de Gonesse,
Dite " Grosses fesses ",
Puisse les vendre sous le manteau de Saint-Martin
Et payer ainsi les assassins
Sous-officiers d'un pléonasme Saint
Derrière une palissade de chocolat Lanvin !

- C'est fin !

- Et ils avaient de grandes moustaches
pleines de taches ...

- Du sang du pléonasme ?

- Non. De chocolat !

- Le chocolat, c'est bon mais opaque
Sur une vie en vrac
Et ça fait grossir alors que des vitres
même fines et sales
Éclaireraient cette vieille chambre
d'une lueur pâle
Sur nos visages opales.

- On lui dira mais cette histoire tralala
De vitres, oh la la,
Me fait souvenir d'une tata.

- Tata quoi ?

- Tata de Saint-Gobain
dans l'Aisne de la douce France

Et qui avait toujours des points de côté.

- Qu'est-ce qu'elle faisait cette tata
de Saint-Gobain dans la vie ?

- Elle était vérificatrice pour une célèbre compagnie de verrerie.

- Ah bon ?

- Non, oui, tous les miroirs qui étaient fabriqués
Passaient dans ses mains afin
qu'elle s'assure de leur solidité.
La tantinette avait trouvé
une méthode infaillible selon elle,
Indiscutable, irréfragable,
inconditionnelle et claire
Mais peu répandu ailleurs
chez les concurrents du verre.
Lorsqu'un tas de vitres s'était amoncelé
Devant sa chaise de contrôleuse zélée,
Elle les prenait à pleines mains
les unes après les autres,
Les hissait haut par dessus sa tête à claques
et d'un coup, d'un seul,
Elle les bazardait contre le bureau
du chef d'atelier
Avec un cri de guerre terrible qui était le suivant :
" Tiens ! Prends ça dans les trous d'air,
mon notaire ! "
S'ils ne se brisaient pas,
C'est qu'on pouvait les livrer aux clients exigeants.

- Et alors ?

- Ils se sont tous cassés.
Le pauvre chef d'atelier ayant lui-même recommandé
La tatie à l'embauche ne s'en remit jamais.
D'autant qu'elle ne pouvait pas être licenciée
sans remous
Car elle appartenait au puissant syndicat
Des vérificateurs de contrôleurs,
Lui-même contrôlé par celui des sables-mouvants
Servant à la fabrique du verre détrempé.
Résultat : l'atelier pourtant florissant avant l'arrivée de la terreur des reflets,
Périclita sans mal.
Les ouvriers se suicidèrent à pleines brouettes,
Certains apprentis s'enfermèrent dans leur tour
Pour graver sur de l'ivoire des poèmes d'amour
Et le chef d'atelier,
Un jour de réaction excessive à son grand dégoût,
Par trop d'inattention à l'envers pour lui-même
et par inadvertance,
S'entailla le doigt avec un éclat souillé
Pour en attraper l'horrible septicémie du miroir !

- Qu'est-ce donc ?

- Une maladie très grave ...
Vous avez le sang qui se glace !
Les globules figés, se regardent mutuellement éblouis par leur image respective.
Le liquide stagne.

- Est-ce mortel ?

- Parfois, car enfin cela provoque
un narcissisme cardiaque.
Le cœur plein d'amour pour lui-même
Se crie " je t'aime "
Puis s'éteint de mélancolie
Par l’absence de réponse.
C'est ainsi que meurent tous les fous.

- C'est gai ...
Et à la tata, qu'est-ce qui lui est arrivé ?

- Après la faillite nécessaire,
elle est devenue psychanalyste lacanienne
Puis a fait fortune en vendant des livres
aux pauvres gens.
Elle fut très célèbre chez les escrocs.

- En effet, je m'en souviens, mon beau.
J'en avais lu un intitulé :
" Va où tu es et meurt au berceau ! ".

- Les miroirs font briller les génies pour qu'ils éblouissent le monde.

- Avec nous, ils vont tous devenir aveugles.

- Mais continue … Dis m'en plus.

- Une autre invention ?

- Avançons …

- En tournant en rond …
Voici notre chanson :

'' J'ai vu un paon dans le désert ;
Il comptait les grains de silice
Nonchalamment, assis par terre,
Presque endormi, la mine triste …
En les jetant à la nuée
Qui faisait résonner les pentes,
Ils s’aggloméraient de buée
À la mélodie sautillante. ''

- Les dunes sont des pierres en voyage ;
Une montagne de passage.
Moi aussi, j'en ai une …

- Une quoi ?

- Une histoire pénétrante.

- Et troublante ?

- Oui, ce fut un prélude, écoute mon étude :

'' Il faut sublimer le tragique
Car le malheur aime la vie ;
Il s'y accroche, fantastique,
Flamme de plomb à sa bougie ! ''

- Nous, on ne voit rien dans ce trou.

- Peu importe, je suis l'homme des rêves.
Sens-tu quelque chose d'énorme
qui monte en moi ?

- La libération par l'amour.
Ça va être gigantesque en éclatant.
Ce n'est pas de la raison,
Ce n'est pas de l'âme,
C'est du cœur.
Il faut chercher la chose impossible en prison :
une apparition
Puisque le paradis n'est en aucun cas un endroit vers lequel nous allons
Mais un état dans lequel nous entrerons.

- La mer boue, l'arche cuit.
Nous sommes un morceau de charbon
en divagation :
Le suif errant !

'' Fillettes, garçonnets, victimes
Tenant la main du capitaine,
Où sont vos taches très sublimes,
Obtuses barres en mal de veines ? ''

Et ce bout de poème :

'' Depuis longtemps déjà, j'aurais pu les chérir
De cet amour unique des assassins comblés,
En chantant des louanges pour oublier le pire,
La vie me serait douce si je les avais tués !

J'avais tout découvert de la Mythologie :
La douleur aux yeux doux,
morne dessous la braise,
La cause et son effet qu'elle enfante sans bruit,
Le petit du malheur parcourant les falaises … ''

- Sommes-nous le vilain petit canard ?

- Coin, coin !
Je suis au coin !

- Les coins n'ont pas le bon angle pour s'envoler.

- Et les filles de l'air sont des ovules
Aux reflets roses du matin ...
Des montgolfières pour faire des bulles
Sur l'air morose et les chagrins …

- Des histoires, nous en avons plus que plein.
Univers successifs, merveilleux, presque infinis dans leur nombre et incertains ».

En effet, toutes ces fariboles s'étalèrent,
durèrent et perdurèrent si longtemps,
Peut-être mille et un ans,
Elles furent si nombreuses, tant et tant
Qu'il serait inutile, impossible
De les rapporter toutes ici sans devenir abscons
Et qu'elles auraient pu ne jamais cesser au fond
Si moi, le beau Babillon qui voulait être blanc,
Le chameau clairvoyant aux sommets enivrants,
Je ne lui avais secrètement décidé que cela suffisait.

« Assez ! Je suis lassé ! criai-je en lui-même engoncé au bout de mille et une années.

- Tout passe, tout lasse, reprit-il.

- Sauf les glaces ! interjetai-je.

- Ah oui. Justement. Gouttons.
Si nous prenions un dessert pour de faux
dans ce désert pas chaud ?

- Lequel ?

- Pour moi, ce sera un banana Split !

- Et moi, je veux des fraises en kilt !

- Où mangerons-nous ces sucreries ?

- À Paris ! En taxi ! Ou en autocar ! Car ...

'' Paris sera toujours Paris,
La plus belle ville du monde ! ''

- '' Paris, c'est une blonde ... ''

- '' J'aime Paris au mois de Mai ! ''

- '' Sous les toits de Paris ... ''

- '' Ça, c'est Paris ! ''

- Par ici, la sortie ?
Mais où est-elle ?
J'aurais du moi-même m'aider.

- Médée ?

- Oui, m'aider.

- Médée ! Médée ! MÉ … DÉE !
C'est ainsi, à ce moment-là, que moi,
Babillon,
Génie en lui très bon
Qui faisait semblant d'attendre le soleil,
Pris de cette fulgurance linguistique sans pareil,
J'inventai l'arrivée de quelqu'un qui n'était pas là !
Quel exploit !
Médée allait venir nous sauver !
AVÉ !

« Bachour !

- Quoi ?

- Y'a quelqu'un qui vient !

- Ça m'étonnerait, tout le monde nous croit morts.

- Si, si, j'ai entendu des pas dans l'escalier …

- L'escalier ? Quel escalier ?

- Celui que j'ai construit sans t'en parler.
Le colimaçon volontaire des marches inconscientes
Qui mènent vers l'Olympe que tu aimes tant.
Quelqu'un descend cette échelle par ces marches fortes.
On va frapper à la porte …

- La porte ? Quelle porte ?

- Celle que tu m'avais fait refermer
il y a si longtemps.
Tu ne t'en souviens plus.
Sur le palier de l'escalier,
L'huis qui luit dans la nuit !

- L'huis luit ?

- Oui. Elle luit dans le désert alangui par son reflet remontant les marches puis éclaboussant
la création.

- Ah bon …

- Et quelqu'un l'a vue !

- Oh hu ? Qui ç'est ?

- Médée car nous avons tant médité !
Hélons-là ensembles et répète après moi cet écho d'autrefois :
Mé … dée … Mé … dée … Mé … dée … Aller  !

- Mé … dée … Mé … dée … Mé … dée … Olé !

- Avec plus de vérité !

Mé … dée … Mé … dée … Mé … dée … Encore !

- Mé … dée … Mé … dée … Mé … dée …

- Plus fort !

- Mé … dée ! Mé … dée ! Mé … dée !
Je te prie de venir m'ai … der ...

- Car nous avons besoin de secours !

- Au secours ! Médée ! »

Et d'un coup, je fis semblant d'ouïr
les trois coups du théâtre du monde
Qui allait s'ouvrir à nous !

- Tu entends, Bachour ?

- Non …

- Si … écoute !

- Toc toc toc, c'est l'antique qui travaille
de la toque …
La vieille au chapeau qui débloque …
Je toque !
Toc, toc, toc ! »

J'imitais le ventriloque ...

« Qui c'est ? moi, Babillon, je demandai
à haute voix
Dans la même phrase où je mentais à Bachour
En lui disant qu'on venait de s'adresser à nous
Et fis semblant que l'on me répondit :

- Je suis le fantôme de Médée !
À glagla ...
J'ai marché quarante jours
et quarante nuits
dans ce désert
Jusqu'à ce que j’aperçoive
la petite lueur d'éternité
Qui brille sur la condition humaine.
Elle faisait vaciller la nuit débordante d'espérance par ce pauvre trou et m'appelait sans oser parler, bien trop orgueilleuse pour avouer sa détresse.
Vous êtes las et je suis là !
Je suis venu vous sauver !
Pourquoi êtes-vous dans ce trou ?

- Parce qu'on ne les a pas tués, nous !

- Les enfants ?

- Non, les parents !

- Qui es-tu ?

- Je suis Babillon !
Le chameau qui dit naon !

- Ouvre la porte, Babillon !

- Naon !

- Si !

- Naon !

- Pourquoi ne veux-tu pas te montrer, Babillon ?

- Parce que je ressens
une certaine difficulté d’Être.

- On pressent un écho …

- Oh, ooooooohhhhhhhh …

- J'entends parler français.

- Hé, héééééééééééééééééééé …

- Babillon ?!

- hon, hoooooooooooooooooonnnnnnn …

- Tu es quand ?

- Présent !

- Comment ?

- Charmant ...

- Dis-moi, qui est avec toi ?

- C'est Bachour ... L'homme sans amour !

- Dis-lui de sortir, Babillon.

- Il répond aussi naon.

- Redis-lui encore ...

- Naon ...

- Mais vous êtes têtu comme des ânes !

- Naon !

- Tu veux de l'eau ?

- Naon !

- Dis-lui que j'ai des sous dans ma toque
à la tête en échoppe.

- Il s'en moque !

- Babillon, quel âge as-tu ?

- Ça ne vous regarde pas !

- Et lui ?

- Je ne sais plus car ne trouvant l'amour,
Il a cessé de vivre.
Il dort en mordant maintenant.

- Babillon, sois un gentil chameau ...

- C'est pas possible !

- Obéis !

- Naon !

- Babillon, si vous n'ouvrez pas la porte
tous les deux immédiatement,
Le monde va repartir comme il était venu,
Personne ne verra jamais tes belles dents
Et Bachour restera sans amour
Jusqu'à la fin de ses jours.

- Je réfléchis ...

- Comment ?

- Je plonge en nous pour prendre ma décision
à sa place.

- Qu'est-ce qu'il fait, lui ?
Il dort toujours ?

- Naon ... Il dessine des trous.

- Des trous ?

- Des trous.

- Des trous ?!

- Oui, des trous !
Il est sourd le monde ?!

- Ils sont comment ces trous ?

- C'est des trous pour sortir.

- Justement, sortez du trou !

- De quelle façon sort-on du trou ?

- Facile. Sortez, c'est tout ...

- Le trou est trop profond et on y est
depuis si longtemps.
Ça glisse ...

- Il faut attirer l'attention du monde
pour qu'il vous tende la main.
Tirez une bombe !
Lancez un trou ...

- Est-ce que le monde aime les trous ?

- Le monde aime tout ce qui paraît
nouveau et original.
Si c'est le cas,
il les aimera et peut-être même les adulera.
Crie à Bachour que son tour va arriver.

- Je vais le lui dire ...
« Oh, Bachour, ça va être ton jour ! »

- Qu'est-ce qu'il répond ?

- Qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

- Est-ce qu'il veut devenir un génie reconnu
Ou bien mourir
dans d'atroces souffrances inutiles ?

- Je vais le lui demander ...
« Hé, Bachour ...
N'en as tu pas assez du malheur ?! »

- Alors ?

- Il dit :
« Je suis Charles Baudelaire !
Il y a moi et la multitude des autres
qui ne savent pas qu'ils sont mortels.
Je n'aime que ce qui chante le beau
et pousse au sublime ;
Hors, le monde est affreux ! »

- Dis-lui qu'il peut participer à le rendre plus joli.

- Il répond :
" J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans "
Et dans mille ans, on connaîtra mon nom
Mais avant pour cela,
Il me faut créer une légende
autour de mon oeuvre. "

- L'un n'empêche pas l'autre ...
Dis-lui que c'est un imbécile ...

- Ça ne va pas lui plaire du tout ...

- Dis-lui malgré tout, ça lui fera les pieds ...

- Bon ...
« Bachour, t'es une andouille ! »

- Qu'est-ce qu'il rétorque ?

- Il s'énerve !

- Et dis-lui également que c'est un faignant ...

- Houlala ... je ne sais pas si je dois ...

- Si, si, vas-y ...

- Bien ...
« Bachour, tu dors toute la journée
En faisant semblant de travailler. »

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Il boue !
Il prétend que c'est faux
et qu'il ne cesse d’œuvrer.

- Tant mieux.
L’ébullition peut être salutaire.

- Et maintenant ?

- Il faut l'assaisonner encore davantage ...
Dis-lui qu'il n'y a pas que lui qui se trouve être digne de considération.

- Ah bon ...
« Bachour, tu te prends pour le Pacha ?! »

- Et ?

- Il est devenu violet ! C'est la rage !

- Il faut le finir.
Corne qu'il n'est pas encore un génie
et qu'il ne pourra le devenir que s'il sort du trou.

- Ça risque de péter ...

- Tant pis ... dis-lui.

- Oui ...

- Ah ... tu as dit oui !

- Ah oui ...
« Bachour ...
Arrête de te morfondre dans le néant,
Trouve l'amour, fais fortune, devient célèbre,
Ait des enfants
et parle au monde de ce qui porte au sublime. »

- Où en est-on ?

- Il défaille :
« Le temps passe, il a déjà passé,
je serai vieux avant longtemps et moi,
Je voulais remettre les pendules à l'heure
sur la Terre ! »

- Tout est encore possible …
Rapporte-lui mon écho.

- C'est fait.

- Qu'a-t-il comme nouvel argument négatif ?

- Il braille :
« Je suis Don Quichotte
et je vais me battre contre les moulins à vent ! »

-  Il n'a qu'à s'aventurer à cette chose
qui porte au sublime :
Tenter de remettre les ailes des moulins
du monde dans la bonne direction.
Un chevalier ne doit pas rester enterré
dans un trou !

- Il susurre :
« Les trous que je rêve,
Le '' cimetière Imaginaire ''
est une invention extraordinaire ... »

- C'est vrai mais il n'a pas les moyens
de l’épanouir dans la roche.
Il lui faut trouver des alliés et surtout,
il lui faut chercher la belle au bois dormant
pour la sauver dans la réalité.
C'est ce que dois faire un héros sans peur
et sans reproche !
Babillon, parle à Bachour,
Celui qui compte les jours,
Le chevalier sans amour,
Ton miroir,
Noir !

- Je lui parle et l'on dit :
« À boire … »

- Tu veux de l'eau maintenant ?

- Naaaa …

- Comment ?

- Ooooon …

- Qu'as-tu dis ?

- ...

- Tu as dit oui ?

- …

- Prend ta décision !
Ce sera ton destin car chacun est peut-être libre.
Réponds !
As-tu dis non ou bien oui ?!

- …

- Alors ?!

- …

- Dis !

- Oui !

- Bien.
Tiens, prends cette eau fraîche puisée du puits
de l'oasis sur le chemin du paradis
Et bois l'oubli de votre enfer ici.

- Oui, oui, oui et re oui !
Et glou et glou et glou et reglou, fit Babillon
Qui but sans façons la boisson à l'unisson
de ses nouvelles ambitions.

- Maintenant, faites apparaître le paradis
de l'enfer !
Sortez du trou !
Montrez les trous ! »

Ainsi fut dit, ainsi fut fait ...
Ils montèrent dans le désert par un mirage sage pour couvrir l'univers
Et comme Médée disparaissait
en s'évaporant doucement,
Un nomade qui crut voir passer Shéhérazade,
Dit :
« Voici …
En faisant la danse du ventre,
Le grand Babillon né au vent nouveau
à son tarin poilu
Avec sur son dos, plus fier qu'un taureau,
Bachour tenant déjà l'amour
Tombé du même ciel qu'ils ont cherché,
lui et elle,
Chacun de son côté,
Contre vents et marrées
Sans ne jamais abandonné
Parce qu'une belle hirondelle
Peut faire le printemps renaissant
Si on le décide vraiment
Et dans la foule innombrable
accourue de partout
Pour acclamer ces trois génies
sortis d'on ne sait où
Qui lancent des trous tralalaïtou
En disant que la fin n'est pas rien,
Il répond, ému en tout,
Ce mot incroyable pour un chameau parbleu :

« Meuhhhhhhh … »

Car il aime bien rigoler de peu, Morbleu ! »



FIN




25 décembre 2012 – 1er Mai 2015


'' L'Île aux Mille et Un Jours '' - Extrait ...


© Thierry Laurier Šuronirisme 2012 – 2015








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